
Pas de trêve pour l’hébergement d’urgence
Mustapha, 47 ans, connaît les rues de Saint-Ouen comme sa poche. Cela fait dix-huit ans qu’il les arpente. Il lui est même arrivé d’y dormir. A l’espace d’accueil et d’accompagnement Henri-Grouès, tout le monde le connaît. Il a passé près d’un an dans le centre d’hébergement d’urgence. « Ils m’ont aidé à faire des démarches pour avoir mes papiers. Un sacré coup de main, lance-t-il, sans cacher sa joie d’annoncer qu’il a obtenu les précieux documents voilà quelques jours. Depuis, je cherche du travail. Du vrai, avec un contrat ! Et qui sait, un jour, je pourrai peut-être me payer un logement… »
De l’accueil de jour à l’hébergement en passant par la domiciliation, Mustapha a bénéficié de tous les services proposés par l’espace Henri-Grouès. « Le lieu existe depuis 1997. Mais le projet a été repensé au milieu des années 2000 pour faire face à une demande croissante et aller au-delà de la seule mise à l’abri hivernale. Peu de communes en Ile-de-France dispose d’un tel outil », explique Fatiha Sedrati, responsable adjointe du centre. « L’ouverture du centre sous sa forme actuelle constitue un réel saut qualitatif de l’accueil des personnes en grande difficulté, estime Yassir Fichtali, adjoint au maire en charge de l’action sociale et du CCAS. Le budget a augmenté de façon régulière. Il est aujourd’hui de 701 000 euros dont 412 000 euros proviennent de subventions, notamment du Conseil général et de l’Etat. »
Accueil de jour, domiciliation, hébergement
L’accueil de jour reçoit tout le monde sans exception. « Ils se posent, prennent une douche ou un café. Des machines à laver sont également à leur disposition, souligne Fatiha Sedrati. Et s’ils le souhaitent, ils peuvent rencontrer l’un de nos travailleurs sociaux. » Sur l’année 2010, le centre a reçu en moyenne 53 personnes par matinée, soit environ 15 000 personnes à l’année. Autre possibilité pour ces publics dits en errance : la domiciliation. « Elle leur permet d’avoir une adresse administrative, ce qui facilite l’ouverture de différents droits », poursuit la responsable adjointe. Cela concerne quelque 600 personnes par an.
L’hébergement s’inscrit dans un processus plus particulier. Les personnes hébergées sont toutes envoyées par le Samu social, le 115. « Ils nous arrivent ponctuellement de nous rendre sur le terrain lorsqu’il y a un signalement, précise Fatiha Sedrati. Mais des maraudes régulières sont faites par le 115. » Le centre compte 29 places durant l’hiver (de novembre à mars) et 25 le reste de l’année. En moyenne, les séjours durent douze semaines. « Ils sont hébergés une semaine, renouvelable deux fois. Ils n’ont aucune contrainte, si ce n’est de respecter le règlement. Mais au bout de trois semaines, s’ils décident de rester, un contrat de stabilisation leur est proposé, avec plusieurs obligations. » Cela suppose notamment une contrepartie financière : 25 % des revenus de la personne hébergée, avec un plafond de 200 euros et un seuil de 50 euros. Ils sont alors accompagnés par l’équipe du centre et ses multiples partenaires dans toutes les démarches (insertion, formation, recherche de logement intermédiaire, etc.) avant de passer à une étape de consolidation. « Au-delà du coup de pouce, le centre permet une véritable resocialisation des personnes. Le lieu est ouvert sur l’extérieur. Fête des voisins, partenariat avec l’école des beaux-arts, cours de cuisine… », détaille Yassir Fichtali. Mais l’issue n’est pas toujours positive. « Difficile de s’adapter à un règlement ou à une vie en collectivité lorsqu’on a passé des mois dans la rue. Il faut prendre en compte l’histoire de chacun », rappelle Fatiha Sedrati. D’autant que les origines des errances sont multiples : conflits familiaux, expulsions locatives, revenus inexistants ou insuffisants (les travailleurs pauvres), etc. Le public masculin reste le plus représenté même si, sur la dernière décennie, le constat est clair : « Il y a de plus en plus de femmes », note la responsable adjointe d’Henri-Grouès. Les 18-25 ans viennent également gonfler les rangs des demandeurs. « Cet hiver, ils ont représenté 10 % du public accueilli. »
* A la fin de la trêve hivernale, le gouvernement a décidé de rompre avec l’obligation d’accueil inconditionnel des sans-abri via le 115. Plusieurs collectivités dont la Seine-Saint-Denis ont demandé un moratoire sur les fermetures de places d’hébergement d’urgence. Depuis cet hiver, 1 156 places auraient été fermées dans le département.