
Osez l’opéra !
Comme s’il fallait réapprivoiser à chaque fois les instruments, les musiciens essaient un ré, un si puis un do tandis que les voix chauffent sous les néons d’un gymnase parisien. C’est là que répètent depuis quelques jours une centaine d’artistes amateurs et professionnels. Sur les livrets, s’étale en notes et en portée l’œuvre du compositeur italien Pietro Mascagni : Cavalleria Rusticana, un opéra en un acte. « Mettez-moi un pianissimo. Raccourcissez vos notes », lance le chef d’orchestre. Derrière le pupitre, c’est Alexandra Cravero qui officie. Une bouillonnante chef d’orchestre de 34 ans, maintes fois récompensée et reconnue par ses pairs. D’une salle de répétition improvisée dans un gymnase à l’Opéra comique où elle seconde un maestro, elle se plaît à réunir des énergies différentes. « Un orchestre, c’est un peu comme un cheval, s’amuse-t-elle. Il suffit d’un geste pour le conduire où l’on veut. Travailler avec des amateurs, c’est s’imprégner d’une énergie nouvelle. Ils sont portés par une passion qui parfois s’estompe chez les pros. »
La jeune femme fait partie des chefs qui interviennent auprès de Note et Bien, une association qui veut faire partager la musique tout en s’impliquant dans l’action sociale et humanitaire. Résultat : chacune des représentations est gratuite. Libre à chacun de donner quelques euros à l’issue des concerts. Les fonds récoltés vont à une association. Après l’unique représentation donnée à l’Espace 1789, le 13 décembre, c’est l’Association audonienne pour la solidarité et la citoyenneté (Aasco) qui en bénéficiera. Cette dernière œuvre, entre autres, pour la réussite scolaire et l’accès à la culture. « Nous avons intégré le projet à notre travail avec les enfants afin de les initier à la musique classique, précise Eros N’Simba, président de l’Aasco. Des séances d’écoute de musique classique racontée aux enfants ont lieu les samedis après-midi. » Avec les fonds récoltés lors de la soirée, l’association organisera une fête de fin d’année pour les familles.
« L’opéra, c’est toujours loin, cher et interminable. De quoi en décourager plus d’un. Nous faisons en sorte de le rendre accessible », affirme Alexandra Cravero. Comme pour donner un avant-goût, elle résume les une heure dix de Cavalleria Rusticana en quelques mots : « Un adultère dans un village sicilien du XIXe siècle. Les histoires d’amour finissent mal, en général. » Peut-être, mais lorsque l’histoire se raconte avec le lyrisme de cinq solistes, un chœur de quatre-vingts personnes et un orchestre d’une soixantaine de musiciens, même les plus récalcitrants se laissent emporter. Même Matteo Corleone y a succombé : Coppola a utilisé une partie de cet opéra pour son Parrain 3…