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Transports : le débat se prolonge
«Je suis contente de savoir qu’en 2023 je pourrai travailler à La Défense ! Mais en attendant, la ligne 13, c’est tout juste l’enfer. Sans doute les membres de la commission sont-ils venus en métro et j’espère, monsieur, que ce n’est pas dans une bousculade à La Fourche que vous avez cassé vos lunettes!» Ainsi s’ouvre, avec une pointe d’humour, le débat public sur le réseau de transport public du Grand Paris. Le monsieur aux lunettes cassées, c’est Henri Watissee, membre de la commission chargée d’animer le débat sur le projet élaboré par la Société du Grand Paris. Il s’agit d’un plan de rocades formant deux boucles «permettant à Paris d’être dans le coup. La question posée est : va-t-on enfin se résoudre à développer ce type de projet qui prétend être un déclencheur de croissance?» répond Marc Véron, président du directoire de la Société du Grand Paris.
Pendant les trois heures que dure le débat, se superposent deux grilles de lecture : la situation que vivent au jour le jour les usagers des transports en commun urbains; la projection à dix ans de ce que devrait être le réseau du futur. Le nouveau directeur de la ligne 13 est présent: «Pour nous, c’est un défi quotidien dans l’exploitation. Le plus petit grain de sable, 5 secondes de perdues, a un effet boule de neige considérable. » La RATP a investi 250 millions d’euros sur la 13, «plus que sur n’importe quelle autre ligne», avec entre autres mesures : le retournement automatique à Châtillon pour améliorer les cadences, la présence d’agents sur le quai pour fluidifier le trafic et la rénovation des trains. Mais «je reste à l’écoute», indique le directeur, qui s’affirme prêt à recevoir élus et représentants des usagers.
Dédoubler la 13 aussi
Que prévoit le projet du Grand Paris pour remédier à la situation ? Le prolongement de la ligne 14 au nord : «Avec deux voitures supplémentaires, on passerait de 700 voyageurs à 1 000 voyageurs par rame» explique Patrick Maugirard, de la Société du Grand Paris. Ainsi
la charge de la ligne 13 serait diminuée de 25%. «Ce n’est pas suffisant, rétorque un usager.
La ligne est déjà saturée de 20 % [au-dessus de ses capacités, ndlr]. Il ne reste plus que 5%!»
Dans la salle, le public insiste : pourquoi ne pas dédoubler la ligne 13 et prolonger la ligne 4 au-delà de la porte de Clignancourt ? Henri Watissee rassure: ces deux points ont été notés par la commission et seront consignés dans le rapport de synthèse. D’ici fin janvier, ville après ville, 50 débats sont organisés et plus de 15000 personnes auront l’occasion de s’exprimer.
Chaque demande aura sa place dans ce rapport et le maître d’oeuvre devra ensuite en tirer les conséquences. Ainsi, raconte-t-il, «plus de 15 gares supplémentaires sont demandées alors que le projet initial en prévoyait 40».
Autre question sensible : la tarification. «Qui va financer? De combien sera augmentée la Carte orange?» demandent les usagers. Marc Véron, de la Société du Grand Paris, est catégorique : «Sur les 22 à 23 milliards d’euros que coûtera ce projet, 20 milliards concernent les infrastructures. La région Ile-de-France n’aura pas à amortir ces coûts. Pour le reste, il y aura des recettes. Il y aura de nouveaux passagers et il faudra compter avec la taxe transports versée par les entreprises.» Jacqueline Rouillon prend la parole à son tour: «Nous avons à Saint-Ouen, ville bien traitée par ce projet, une politique foncière volontariste. Si les prix montaient autour de Pleyel, cela conduirait de nombreux habitants, voire des entreprises, à se déplacer. Il serait dommageable qu’une attractivité renouvelée du territoire se traduise par l’expulsion de nombreux acteurs, comme cela s’est déjà produit dans de nombreuses métropoles.» Enfin, certains usagers ont manifesté leur préférence pour Arc Express, le projet de la Région «plus centré sur les demandes des habitants que sur les exigences économiques ». On va certainement vers la fusion, concède Henri Watissee: «Il ne peut y avoir deux projets. Il n’empêche que le législateur a voulu qu’il y ait deux débats» spécifiques, l’un pour le métro du Grand Paris, l’autre pour Arc Express.














