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Sous la direction de Patrick Mons, directeur artistique de La Lune et l’Océan, une quinzaine de jeunes ont écrit «Où la ville mène… », une pièce qu’ils joueront salle Cipriani.

Au théâtre, les ados n’ont pas froid aux yeux

30 juin et 1er juillet
Avec les professionnels de la compagnie La Lune et l’Océan, ils ont écrit treize tranches de vie. Une peinture au vitriol de la société telle qu’ils la ressentent.

Si vous entendez le son d’un accordéon au 19 rue du Maréchal-Leclerc, entrez à pas menus et ouvrez grand vos oreilles. Ici, on crée. Une quinzaine d’adolescents du quartier, la plupart issus du collège Michelet, sont en train d’écrire leur pièce de théâtre. L’atelier proposé par la compagnie La Lune et l’Océan, depuis le mois de février, prend un tour inattendu. « C’était un peu le pari de départ, affirme le directeur artistique Patrick Mons. Nous n’avons pas imposé de thème, nous avons commencé par de pures séances d’improvisation, puis s’est dégagé ce quelque chose à dire, qui leur appartient totalement. » Soumia, 16 ans, se sentait plus à l’aise quand « on ne [lui] imposait rien ; maintenant, tout est dans un cadre ». C’est que la représentation approche. Les dates sont déjà fixées : samedi 30  juin et dimanche 1er  juillet.
De saynète en saynète, la pièce prend forme. En treize tableaux, ils ont choisi de raconter une histoire qui commence à l’accouchement et se termine au… cimetière. Leur vision du monde est sans concession, comme le sont les ados. Tout y est : la cruauté, lorsqu’il s’agit d’annoncer à une fille qu’on n’aime pas que son mec la trompe ; la dérision, lorsque des parents sont convoqués chez le principal parce que leur fille a pété en cours ; la lucidité, lorsque de la bouche d’un schizophrène ils font vomir des propos racistes ; la désillusion enfin, lorsque la nouvelle présidente de la République est élue sur sa mesure phare : travailler 16 heures et se reposer 8  heures.
Il faut voir le plaisir que prennent Nora, Odessa, Shanice, Quentin, Maxime et Victoria à se glisser dans la peau d’un personnage dont ils façonnent peu à peu le caractère. « Nos héros sont très très méchants », dit Victoria avec un grand sourire. « Ce n’est pas la guimauve des Feux de l’amour », renchérit Shanice qui mime les déjeuners chez grand-mère, lesquels se terminaient immanquablement par un soap opera à la télé.
Dans ce processus, « ce ne sont pas les plus forts en gueule qui sont les plus pertinents, souligne Patrick Mons. Certains ados, qui ne décrochaient pas un mot au début, sont devenus moteurs. C’est enthousiasmant ! » Un avis que partagent Jean-Luc Larive, l’accordéoniste qui mettra le spectacle en musique, et Elise Benard, la scénographe qui a déjà travaillé avec eux pour préfigurer les treize tableaux mis en scène. Avec les professionnels de la compagnie, ils se sont attelés aussi à la confection des décors, à la production et à la diffusion de leur spectacle. En bouclant la boucle, de l’écriture aux relations publiques, c’est une véritable petite entreprise éphémère qui est à l’œuvre.

Auteur: 
Jacqueline Martinez/ Photo : Tiphaine Lanvin