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Un pont entre toutes les musiques
« Je suis très pucière. Il y a tant de gens succulents à rencontrer. » Depuis quarante ans, Nicoletta fait partie des meubles. « Et je m’y meuble ! » s’amuse-t-elle. La chanteuse ne manque pas une édition du festival qui célèbre la mémoire du bal swing, tout comme elle ne manque pas une occasion d’aller à La Chope des Puces, le QG du jazz manouche et de la valse musette, où elle côtoie Ninine Garcia et compagnie. « Je l’adore : je suis sa marraine de Sacem*. Je l’ai conseillé quand il a fait une musique de film avec Thomas Dutronc. Il m’arrive de pousser la chansonnette avec eux. » Ou de reprendre un standard américain, comme « All Of Me ». « L’autre soir, on a passé une partie de la nuit avec vingt-deux musiciens. Incroyable ! Il y avait un gamin de 9 ans qui jouait du saxophone, et même le petit-fils de Django : David. Quelle ambiance ! »
Django et Nicoletta, c’est une vieille histoire. « Pendant la Seconde guerre mondiale, ma grand-mère a hébergé Django Reinhardt sous ses pommiers, à Thonon-les-Bains. Pour elle, c’était normal d’aider. Mais attention, à Vongy, mon village natal, on mettait les gens du voyage derrière l’église. Pas dans ma famille, qui m’a inculqué un principe essentiel : un cœur qui bat est le même pour tout le monde. » Cela crée des liens entre les deux familles, d’autant plus forts qu’un oncle de la chanteuse, Henri Grisoni, et une nièce de Django, Marie Reinhardt, furent tués par un sniper milicien en août 1944. « Ils avaient 17 ans tous les deux. » Nicoletta avait cinq mois au moment des faits. Lors des commémorations de la mort de Django, elle a chanté ses classiques, « Mamy Blue » et « Il est mort le soleil », avec douze guitaristes. « Extraordinaire ! » A Saint-Ouen, on peut s’attendre à pareille rencontre sur scène. La connexion est naturelle entre celle qui chante gospel et les as de l’improvisation. « Ce sont deux musiques de l’âme. Le jazz manouche a toujours été très respecté par la chanson. Et puis, Django est quand même joué dans le monde entier. “Nuages”, ça va au-delà du jazz. C’est une mélodie universelle. »
Aujourd’hui, la marraine du festival se félicite que cette manière de swinguer soit de nouveau à la mode. Les succès de Thomas Dutronc et de Sanseverino en attestent. Ces deux « gadjo » ont pris bonnes notes des maîtres qu’ils ont fréquentés à Saint-Ouen. Ce ne sont ni les derniers, ni les premiers à suivre cette voie. Avant eux, ils furent légion à fricoter avec le musette et le manouche, tout comme il est d’usage chez les virtuoses de la six-cordes et de l’accordéon d’emprunter des refrains de la variété. Entre ces deux mondes, les ponts sont depuis belle lurette nombreux. Voilà pourquoi Serge Malik et Didier Lockwood, les cofondateurs du festival, ne manquent jamais d’inviter des chanteurs aux marges de cette tradition : cette année, Yves Jamait et Juliette le rappelleront à nos bons souvenirs. « Au marché aux Puces, les bougnats auvergnats rencontraient les gens du voyage ou les chanteuses de rue. Ils avaient en commun la musique populaire, résume Serge Malik. Avec le festival, on a voulu remettre les choses à leur place : une identité culturelle métissée, née dans cette zone périphérique. »
* Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique.
Du 22 au 24 juin : jazz et musette dans les marchés
_Musiciens résidents, du 22 au 24 juin de 15 h à 19 h sur différents sites.
_La fanfare Klezmer, les 23 et 24 juin dans les rues et les marchés.
_Tournée des bars les 23 et 24 juin de 16 h à 19 h.
_Grand concert le 23 juin à Cap Saint-Ouen, de 19 h à 0 h 30.
_Sacem Jeunes Talents, le 24 juin à 17 h au Picolo.
_Grand bal dansant, le 24 juin à 20 h, place Django-Reinhardt.
_Expositions à découvrir dans les différents marchés.














