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Une journée au bureau de vote
8 heures. Le collège Jaurès a ouvert ses portes depuis quelques minutes déjà. Dans le préau transformé en bureau de vote, l’odeur du café flotte encore. La journée va être longue pour les équipes en place. Pour fonctionner, les 27 bureaux de vote de la ville doivent au minimum compter un président (le maire, un conseiller municipal ou un électeur de la commune désigné par le premier magistrat), deux assesseurs et un secrétaire, généralement désignés parmi les électeurs. Chacun sera relayé au cours de la journée.
8 h 02. Patricia est la première à signer la feuille d’émargement que lui présente l’assesseur. Elle peut aller dormir tranquille. « Je suis infirmière et je viens de terminer mon service. Je préfère voter maintenant, d’autant que je retourne travailler ce soir. Et il y a toujours moins de monde le matin. » L’affluence n’est encore pas au rendez-vous. « Il faut attendre le milieu de la matinée, à l’heure où les gens vont au marché, explique la secrétaire du bureau de vote. Généralement, le deuxième pic, c’est après le déjeuner. » Ils seront plus d’un millier à se succéder jusqu’à la clôture du scrutin. Peu avant 20 heures, les premiers scrutateurs s’annoncent. Leur mission ? Le dépouillement. Au loin, un poste de télévision annonce déjà le résultat – en régions, la plupart des bureaux de vote ferment à 18 heures. Pour Marc, 48 ans, le dépouillement, c’est une grande première : « C’est une façon comme une autre de s’impliquer, de montrer que l’on se sent concerné. »
Dépouillement : les citoyens à la table
Exit les isoloirs. En quelques minutes à peine, des tables sont dressées au milieu du préau. Autour, quatre personnes – les scrutateurs, des électeurs sollicités dans la journée – vont ouvrir les enveloppes et comptabiliser les bulletins sous l’œil des membres du bureau de vote ; lesquels rappellent préalablement les consignes, celles du code électoral : l’un des scrutateurs ouvre l’enveloppe, déplie le bulletin, le passe à un deuxième scrutateur qui le lit à haute voix. Les noms portés sur les bulletins sont relevés par les deux autres scrutateurs sur des listes. « Ce sera plus rapide que la dernière fois, il n’y a que deux candidats», entend-on dans le public. Le dépouillement a ses habitués. « J’aime bien y assister et connaître les résultats de la ville et du bureau dans lequel je vote, souligne Guy, 44 ans. C’est un bon ou un mauvais moment à partager avec les autres habitants… »
Le visage interrogateur, Iona, 12 ans, assiste au dépouillement pour la première fois. Tout a commencé il y a quelques semaines… lorsque la politique s’est invitée dans les conversations en famille ou dans la cour de récré. « Si j’étais présidente, je donnerais des moyens à l’Education nationale et je prendrais des mesures pour développer l’emploi », explique sérieusement la jeune fille. « A la maison, on joue à“ Si j’étais président ”», précise Emmanuelle, sa maman.
Le dépouillement touche à sa fin. L’opération aura duré près d’une heure et demie. C’est désormais au secrétaire d’entrer en action pour rédiger le procès-verbal qui retrace le déroulement de toutes les opérations (nombre d’électeurs inscrits, nombre de votants, nombre de suffrages exprimés, etc.). Les procès-verbaux de tous les bureaux de la ville seront ramenés par les présidents au collège Jaurès, puisqu’il s’agit du bureau centralisateur. C’est là que seront proclamés les résultats. Dans le public, plus nombreux au fil de la soirée, les commentaires vont bon train. « Les choses vont changer. Maintenant, il faut des réformes sociales », lâche Saïda, 17 ans. Ce soir, elles sont venues entre copines pour « fêter le retour de la gauche » et débattre. Tout y passe, des retraites à l’égalité professionnelle. « On a jamais connu la gauche au pouvoir, on en attend beaucoup », souligne Bamby, 17 ans, qui avoue être un peu « dégoûtée. A quelques mois près, j’avais 18 ans et je pouvais voter ». Un vote qui a un écho particulier pour elle. « Ma mère vient d’être naturalisée. C’était ses premières élections. Elle était émue, elle a appelé toutes ses copines pour aller voter. Et je l’ai accompagnée pour le premier tour. » Senda est la seule du groupe à avoir pu voter cette année : « C’est bizarre, mais on a la sensation de grandir d’un seul coup quand on vote pour la première fois. »
en bref
500
C’est environ le nombre de personnes mobilisées les jours d’élection à Saint-Ouen : agents de la Ville, élus, membres des bureaux de vote, assesseurs, scrutateurs, etc.














